Un enjeu majeur : bâtir une espérance collective
Publié il y a 2 mois
Depuis une trentaine d’années, la justice sociale a consisté à répartir de manière équitable les fruits de la croissance pour développer les solidarités et combattre la misère. Aujourd’hui, la réforme des retraites menée par le gouvernement pose la question de la justice sociale sous un angle radicalement différent : « comment nous répartissons-nous désormais les efforts?».
La finalité reste identique : il faut toujours chercher un équilibre entre ce que les individus donnent et reçoivent, possèdent et redistribuent, mais les moyens pour parvenir à cet équilibre seront désormais bien plus difficiles à trouver.
La retraite marque une étape importante dans la vie des hommes et femmes. Il faut être vigilant à ce qu’elle ne soit pas un point de clivage entre les retraités et les autres. Il y aurait alors les actifs d’un côté et les inactifs de l’autre, les jeunes et les vieux, ceux à qui l’on demande de supporter les efforts et les autres. Le système par répartition repose sur l’acceptation d’une solidarité organisée. Elle n’est possible que dans une société qui préfère l’union à la fragmentation, l’entraide à l’opposition.
La retraite n’est ni un droit ni un dû, c’est une obligation pour chacun de participer à un acte de solidarité, qu’il est contributeur ou bénéficiaire.
La crise actuelle peut être envisagée comme une opportunité de consolider ces liens autour du pacte républicain tout en ouvrant un débat sur ses principes: la retraite doit être payée par les actifs via un prélèvement sur le travail, la santé par tous via un prélèvement sur le revenu, la régulation et les services publics par un impôt équitable.
La fragilité de notre pacte républicain ne provient pas aujourd’hui de la faiblesse des acteurs mais des difficultés de ses financements: il nous faudra tôt ou tard réfléchir à une fiscalité moderne plus juste et équitable.
Cette réforme des retraites sera aussi l’occasion de mesurer l’attachement des français au «travail ». Une société organisée autour du travail et de la production peut-elle fonctionner correctement si le travail apparaît comme un lieu de souffrance et non d’épanouissement ?
La réforme sera enfin l’occasion de mesurer la place que les gens accordent aux « seniors », au travail comme dans la société. On sent la contradiction entre deux tendances : on veut d’une part allonger la durée de cotisation des travailleurs, on considère d’autre part que le coût d’un travailleur de plus de 50 ans est au-dessus de son apport réel pour l’entreprise.
J’encourage les rédacteurs et votants de cette réforme à aller dans le sens d’une consolidation du pacte républicain qui mobilise ses actifs pour ses aînés.
L’enjeu de la réforme est moins d’opposer les intérêts des uns aux intérêts des autres que de bâtir une espérance collective dont chacun se sente responsable et acteur.


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